ROBIN DES BOIS : Un film bandé par Ridley Scott

Publié le par Scorpio

robin-des-bois1.jpgRobin Longstride, archer au service du roi Richard Cœur-De-Lion pendant les croisades, rentre en Angleterre après la mort du roi lors du pillage d’un château français. Sur son chemin, accompagné de ses amis, il assiste à l’embuscade du bras droit du roi, Sir Robert De Locksley, par des français. Robin se charge de rapporter la couronne royale ainsi que l’épée de Locksley au père de se dernier, à Nottingham. Arrivé en Angleterre, Robin et ses amis vont découvrir un pays au bord de la guerre civile, dirigé par le Prince Jean, un tyran. Robin, se met au service de Sir Locksley et de sa belle fille, Marianne.

 

ROBIN - EPISODE 1 : NOT IN GAME !

 

Il y a 10 ans, Ridley Scott ressortait de l’ombre, accompagné d’un des acteurs américains les plus importants de la dernière décennie, Russell Crowe, avec Gladiator, relecture du péplum devant laquelle aussi bien les critiques que le public allait s’agenouiller alors que personne ne croyait en ce projet. Depuis, le succès de Gladiator a, non seulement permis de lancer toute une vague de « péplum-likes » (Troie, 300, Alexandre) mais permis à Ridley de tourner ce qui lui plaisait, notamment le chef-d’œuvre Kingdom Of Heaven (dans sa version director’s cut). Il est était donc normal d’attendre avec impatience la 5ème collaboration de Scott et Crowe (Une Bonne Année, American Gangster, Body Of Lies) pour ce dépoussiérage, cette relecture de la légende de Robin des bois et d’espérer voir une fois de plus l’acteur australien « déchainer les enfers ».

 

Ce qu’il faut savoir d’abord de ce robin des bois version 2010, c’est que l’histoire que vous allez voir à l’écran n’a rien à voir avec ce que vous avez vu par le passé. Avec la même approche que Robin & Marianne (La Rose et la Flèche en V.F.), Scott et son scénariste Brian Helgeland (auteur de Mystic River et surtout réalisateur de Chevalier) ont en tête de compter une période de la vie de Robin qui ne couvre pas ses aventures dans la forêt de Sherwood et ses affrontements avec son Némésis, le célèbre Sheriff de Nottingham. Ici, on s’intéresse surtout à la naissance de la légende, pour savoir pourquoi cet homme (ou renard suivant la version) s’est dressé contre l’autorité royale et est devenu le hors-la-loi le plus célèbre d’Angleterre.

 

Que l’on soit bien d’accord, si certains d’entre vous pensent encore que Robin De Bois a réellement existé, ils se trompent (du moins ce que le Robin que l’on croit connaître), Robin est un personnage légendaire, au même titre que les Chevaliers de la Table Ronde ou bien encore Arsène Lupin. Sa légende est tirée d’une multitude de textes, chants, et maintenant films. Il n’existe donc pas de version définie et définitive de sa vie, à savoir quand il aurait exactement existé, qui il était et ce qu’il faisait. A partir de là, Scott et Helgeland sont parfaitement libre de rédiger un traitement sur son passé pré « légende de Nottingham » (et ce bien avant Brian Clough et le doublé en Coupe d’Europe 1979 & 80) que ce soit sur sa façon de rencontrer son plus fidèle compagnon Petit Jean (eux deux c’est finalement comme Brian Clough et Peter Taylor), sa façon de devenir noble puis hors-la-loi ou bien encore sa relation avec Dame Marianne. Sur cette dernière, principalement, le personnage est assez différent de  l’image que l’on a d’elle et pourtant, elle est souvent représentée comme une guerrière dans les anciens textes. Quoi de plus logique pour une femme restée seule pendant 10 ans, dans une région où tous les hommes sont partis à la guerre, que de savoir (plus ou moins) manier l’épée et chevaucher. Marianne c’est Eowyn (oui la comparaison est facile), pas princesse Sarah ! Cela me choque beaucoup moins que la sorcière et le personnage de Morgan Freeman dans « Robin des Bois Prince des Voleurs ». La liberté scénaristique n’est donc pas vraiment un handicape, elle est même nécessaire car, si ils avaient montré ce que l’on connaît déjà, finalement il n’y aurait pas vraiment d’intérêt à faire ce film.

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Les deux points négatifs sur l’écriture se situent bien ailleurs. Sans dévoiler les intrigues minimes du film, l’histoire peut être décomposée de la façon suivante : Robin est un archer et fait parti du petit peuple / Robin prend l’identité d’un noble chevalier mourant / Robin se souvient d’avoir vu son père exécuté alors qu’il n’était qu’un enfant / Robin assume ses responsabilités dues à son nouveau titre et rencontre l’amour de sa vie. Cela ne vous rappelle rien ? C’est la trame exacte de Chevalier (je vous disais plus haut que cette réalisation d’Helgeland était importante). Vous enlevez la musique rock, les armures fabriquées par Nike et vous remplacez Ledger par Crowe (plus facile maintenant me direz vous) et vous obtenez la trame scénaristique principale de ce nouveau Robin de Bois ! Certaines ficelles scénaristiques un peu trop tirées par les cheveux sont agaçantes et l’on ne comprend pas pourquoi quelqu’un de la trempe de Ridley Scott s’est abaissé à ce niveau, mais l’ensemble reste quand même bien structuré et au dessus de bon nombre de productions actuelles. Certes on est loin de Kingdom of Heaven et de Gladiator, mais c’est quand même bien mieux écrit que toutes les productions Bruckheimer estampillées « aventure ». C’est cet ensemble un peu trop « tout publique » semblant avoir fait des concessions imposées plus une certaine maladresse (Max Von Sydow qui parle de son érection matinale, on a l’impression d’être dans Iron man 2) qui représentent le point faible du film.

 

Si le contexte historique est pour une fois respecté (c’est du n’importe quoi dans les adaptations précédentes) surtout dans la gestions des rapports entre la France et l’Angleterre, ce qu’il faut surtout souligner ici, c’est l’impressionnant degré de réalisme apporté à l’univers dépeint sous nos yeux. Le monde dans lequel nos héros évoluent est rude et plausible (pas de sorcière !!!). Même si l’on sent une légère retenue dans la représentation des scènes de violence, que l’on n’atteint pas le degré de barbarie réaliste de Braveheart (LE meilleur film médiéval), ce « Robin » possède sont lot d’actes de bravoure et d’action. Visuellement, Robin des Bois n’a rien a envier à ses prédécesseurs « romains » et « croisés ». La photo de John Mathieson est brute et naturelle, loin des filtres colorés des précédents Scott et atteint dans certains plans la poésie des tableaux filmés du 1er film de Scott Les Duellistes. Certains plans sont impressionnants visuellement (les deux flèches décochées contre le personnage de Mark Strong) et d’autres remplis d’émotions. C’est bien simple, en un court plan dans lequel Robin plonge les mains dans la terre pour se remémorer son passé (oui, je sais, dit comme ça, ça à l’air très con) et on voyage instantanément 10 ans en arrière, au « bon vieux temps » des aventures de Maximus. Mais là encore, il subsiste quelques petits défauts (pas vraiment gênants, car il ne faut jamais juger le cinéma sur des détailles, mais sur un ensemble) : une scène de débarquement qui pourrait nous laisser croire que Robin s’est battu à Omaha Beach le 6 juin 1944, en est le parfait exemple. Il a plus d’une corde à son arc ce bon vieux Robin !!! (c’est bon j’ai réussi placer une vanne pourrie dans ma critique). La relation entre Robin et Marianne aussi subite qu’intense peut surprendre, mais n’oublions pas que nous ne sommes pas devant un drame réaliste français, mais devant un « epic movie » hollywoodien et cela ne change finalement pas du reste. Au contraire, elle est ici traitée avec beaucoup de retenue et de poésie, ce qui peut sembler nian, nian, mais qui finalement rend justice au caractère de s ces deux personnages, ayant vécu dans la « solitude » pendant 10 ans.

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Les personnages principaux sont interprétés avec justesse par Russel Crowe et Cate Blanchette, même si cette dernière rappelle forcement un mélange entre son Arwen, son personnage dans Le Seigneur des Anneaux et Eowyn, celui de Miranda Otto. Crowe est moins charismatique que lorsqu’il portait la jupette et les sandales le glaive à la main et se la joue bourru au grand cœur. C’est du côté des méchants qu’il faut se tourner, Mark Strong (le Christopher Walken des années 2010) enchaine sont 3ème bad guy en trois films cou sur coup (Sherlock Holmes et Kick-Ass) et est parfait en homme de main sanguinaire et bilingue. La révélation du film est sans conteste Oscar Isaac (déjà parfait dans Agora d’Amenabar). Il vole littéralement la vedette à tout le monde, Crowe y compris et le film semble avoir été écrit pour lui, tant il en possède toutes les meilleures répliques. Il est impressionnant de charisme !

 

Le résultat final est donc un spectacle de grande qualité, bancale par moment, loin d’être définitif mais terriblement efficace. La grosse déception viendra surement du fait que le film que nous voulions voir est en fait ce que devrait être la suite de celui-ci. Le film aurait gagné en crédibilité (et perdu en force marketing) à garder son titre originale à savoir Nottingham, car finalement Robin des Bois n’apparaît que dans une courte dernière scène, annonciatrice probablement d’une future collaboration de Crowe avec Scott. Collaboration incertaine tout de fois vu que Scott s’est engagée sur les deux préquelles d’Alien prévues pour d’ici 3 ans. Dommage, car dès le générique terminé, on a vraiment hâte d’assister aux affrontements légendaires entre Robin et le Sheriff dans la forêt de Sherwood.

 

Oo-de-Lally !!!

 

Scorpio


ROBIN DES BOIS (ROBIN HOOD) (2010)

Un film de Sir Ridley Scott

Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Oscar Isaac, Mark Strong, Max Von Sydow, William Hurt

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