THE TOWN : Benny from the block !!!

Publié le par Scorpio

 

affiche-the-town-affleck.jpgCharlestown, petite ville de la banlieue de Boston, est la capitale de braquage de banque. C’est une ville dans la quelle la communauté irlandaise est à la fois importante mais également soudée et respectant un code d’honneur quoiqu’il arrive.  C’est dans cet univers que Doug MacRay, braqueur de banque intelligent et efficace, ridiculisant les forces de l’ordre avec sa petite équipe, va rencontrer Claire. C’est également de cet univers que Doug va essayer de sortir.


BOSTON HEAT : AFFLECK IS THE « MANN » !!!


S’il est des acteurs qui passent derrière la caméra après une carrière déjà bien « intéressante » devant, peu ont une reconversion aussi paradoxale et surprenante que Ben Affleck. Autant des légendes comme Eastwood ou Mel Gibson étaient reconnues comme d’excellents comédiens avant de donner leur 1er coup de manivelle et ne furent pas forcément attendues au tournant, autant Ben Affleck, l’ « endive » pour les intimes, n’a jamais vraiment brillé (en dehors des œuvres de Kevin Smith et un bien trop rare « Hollywoodland » d’Allen Coulter en 2006) par ses qualités d’acteur. Normal qu’en 2006 « Gone baby Gone » sa 1ère réalisation, Affleck surprenne tout le monde en livrant une œuvre de grande qualité. Coup de chance ou coup de génie ? Il prouve bien avec « The Town » qu’il connaît son sujet, qu’il est capable d’une réalisation solide et efficace et aussi de surprendre tous ceux qui l’avaient enterré un peu trop vite et avaient oublié que l’homme était le coscénariste de « Good Will Hunting » en 1997 avec son pote de toujours, Matt Damon.

 

Le film ne se limite pas aux clichés du caper movie et s’intéresse d’avantage à la profondeur de ses personnages et  à leurs racines qui les lient à leur ville. Doug (Ben Affleck) fait parti intégrante de ces locaux irlandais, pris dans ce piège criminel depuis sa plus tendre enfance, dont le père est une sorte de légende criminel de l’ancien temps. Son, meilleur ami, Jem (Jeremy Renner) est un vrai dur, instable, dangereux mais honorable et avec un sens de l’amitié à toute épreuve. Lorsque ce dernier perd le contrôle lors d’un braquage et prend Claire (Rebecca Hall) en otage, Doug va tomber amoureux de cette dernière et voir en elle une porte de sortie de cet univers dont il veut s’arracher depuis sa plus tendre enfance, de cet univers dont il n’existe vraiment que deux issues : la mort ou la prison.

 

C’est la que « The Town » prend tout son sens et toute son ampleur. C’est aussi la, qu’Affleck, en tant que réalisateur, rejoint les grands noms cités plus haut que sont Eastwood, Gibson mais surtout Michael Mann. Eastwood et Gibson pour leur compréhension du genre qu’ils ont à chaque fois su retranscrire et ce dès leurs 1ers récits (que ce soit « Josey Wales Hors la loi » ou « Braveheart » et « Apocalypto ») et Michael Mann pour cette capacité à sublimer un récit et une réalisation déjà bien rodée, en l’emmenant au-delà de ses limites et de ses codes, en lui apportant une profondeur (l’histoire d’amour, le désir de fuite pour Affleck, L’amitié, le refus de replonger pour Renner) qui fait que nous tenons à la vie de ces personnages, que nous sommes investis avec eux et pas de simples spectateurs témoins de scènes d’action pétaradantes. Oui le film renvoi plusieurs fois au chef-d’œuvre qu’est « Heat » : Le braquage de fourgon, l’histoire d’amour entre Affleck/De Niro et Hall/Brennemann (mais aussi celle entre Val Kilmer et Ashley Judd), le personnage de Renner renvoi à celui de Tom Sizemore…mais soyons honnêtes un instant : comment, même 15 ans plus tard, ne pas faire référence à « Heat » en faisant un caper movie ? Ce serait comme demander à un buddy movie de ne pas citer « L’arme fatale ». Et plutôt que de piller et de singer l’œuvre de Mann (comme sait très bien le faire notre Olivier Marchal national), Affleck y impose sa pate et livre un film hargneux ou personne n’est parfait (à l’image de ce flic badass interprété par Jon « Mad Men » Hamm), ou les armes automatiques donnent le ton d’une symphonie orchestrée par l’envie de changement.

 

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« The Town » trouve son thème le plus important dans cette volonté d’évolution et de changement qui renvoi à une autre œuvre d’Affleck : « Good Will Hunting ». Ici, Doug, le personnage d’Affleck y joue le rôle que jouait Matt Damon il y a 13 ans dans le sens où il possède toutes les clés en main pour s’extraire d’un milieu sans avenir et va devoir à un moment précis prendre une décision qui fera basculer sa vie dans un sens (la prison ou la mort) ou dans l’autre (une possible fuite rédemptrice). Renner reprend lui une le rôle qu’Affleck tenait dans le film de Van Sant, à savoir celui de l’ami d’enfance rattachant le héros à son milieu. La différence se fait sur les intentions de ce dernier, là ou Affleck menaçait Damon si ce dernier ne tentait sa chance, Renner ici veut tout faire pour que son ami reste à Charlestown à braquer des banques. Pas pour l’argent, pas pour l’action mais pour l’amitié qu’il éprouve pour lui. Il ne veut pas perdre son « frère ». Tout va se jouer finalement en quelques fractions de secondes au cours d’un braquage qui va changer la vie de tout ce petit monde.

 

En plus de la réalisation nerveuse et sec d’Affleck : le dernier braquage est un monument de tension filmé nerveusement (on y est d’ailleurs plus proche du jeu « Modern Warfare 2 » que de la contemplation « Mannienne ») l’interprétation est toute en finesse, toute en justesse. Ce véritable « casting de têtes » est dominé par un Jeremy Renner en roue libre qui prouve qu’à l’image d’un Tom Hardy et contrairement à Sam Worthington, il faudra compter avec lui ces prochaines années. La star de « Démineurs » est bluffant dans son rôle « à la Joe Pesci », toujours sur le fil du rasoir, hargneux et prêt à tout pour ne pas retourner en prison. Même si il l’annonce lui-même (« cela se terminera dans la rue et pas autrement »), son personnage est tellement touchant que l’on refuse l’inévitable tout le long. A 100 lieux des clichés du genre, c’est son amitié et son dévouement pour Doug (Affleck), notamment lorsque ce dernier lui demande d’aller tabasser des mecs qui lui ont apparemment fait du mal, qui est saisissant.  Affleck, Hall, Hamm, Lively (dans un autre registre que son « Gossip Girl ») mais aussi les « Old School » Pete Postlethwaite et Chris Cooper, tout le monde sonne juste et chargés en émotions. Tout le monde donne vraiment l’impression de vivre dans cette communauté qui ne veut pas lacher Doug. Comme le dit un passant au début du film « Charlestown a peut être ruiné ma vie, mais jamais je ne quitterai cette ville ».

 

Brute et efficace, touchant et bluffant, « The Town » et ses fusillades urbaines croisées avec le destin de ces hommes qui portent les flingues est, non seulement un des meilleurs dilm de genre depuis « Heat » mais surtout le métrage qui permet à Ben Affleck de rentrer dans la cour des grands. Vivement le prochain !

 

THE TOWN (2010) de et avec Ben Affleck, Jeremy Renner, Jon Hamm, Rebecca Hall, Blake Lively, Pete Postlethwaite, Chris Cooper.

 

Scorpio

 

Merci à Alex R. pour le titre de l'article !!!!

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