Gerardmer 2010 : ENTRETIENT AVEC JOHN McTIERNAN
Gérardmer 2010. L’évènement du festival était bien sur la rencontre avec le maitre de l’action, John McTiernan. Fan absolue devant l’éternel, votre cher rédacteur a participé à cet entretient regroupant des intervenant tous conquis par la sympathie, l’accessibilité et la franchise de celui que nous appelions « McT » mais qui restera désormais pour nous « Mr » McTiernan.
John Mc Tiernan bonjour. Tout d’abord, pouvez-vous revenir sur vos débuts de réalisateurs, sur le début de votre carrière ? Comment tout a commencé ?
Ou est mon café ? (rire). Je viens d’une petite ville industrielle au nord de l’Etat de New York (Albanie). Je suis d’origine en partie irlandaise. Je savais très tôt, à cause de ces origines que je devrais faire des études, que je n’aurai pas le choix. J’ai décidé d’étudier le cinéma, ce qui m’a permis d’échapper à ça, à ces études, d’une certaine façon. Je suis ensuite parti étudier à l’American Film Institue de Los Angeles, qui a bien grandi depuis et j’ai regardé des centaines et des centaines de films. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire des scénarios. Un jour je me suis dit que ça serait pas mal si j’écrivais une histoire que je serais capable de tourner par la suite. C’est de là qu’est venue « Nomads ».
Après « Nomads » et venu « Predator », dont on ne vous remerciera jamais assez pour l’avoir tourné. Est ce que vous vous êtes dit que vous alliez faire un mix entre le personnage de John Rambo et « Alien », où était ce quelque chose de bien plus profond ?
Non, les personnes qui ont écrit l’histoire d’origine voulait en fait faire un film sur cet être venu de l’espace. Il est sur terre pour chasser, mais il arrive et s’en prend à la mauvaise personne. Si le film peut ressemble à un mix entre « Alien » et « Rambo »…c’est parce que les studios ont voulu le modifier ainsi…ce qui me fait penser, j’avais une autre histoire en tête à l’époque. Les militaires cherchaient un de leur pilote. Ils débarquent en pleine jungle, parte à sa recherche en suivant son signal grâce à un biper. Ils suivent le signal qui se déplace vite, très vite même. Ils le suivent pendant plusieurs heures et comment à réaliser que le type ne peut pas être blessé pour se déplacer aussi vite. Quand ils arrivent sur la zone ou se trouve le biper, ils ne trouvent rien. Ils lèvent la tête vers le haut des arbres. On coupe et on voit leurs collègues à la transmission qui disent « Vous savez le mec que vous poursuivez depuis plusieurs heures ? Et bien il est mort depuis plusieurs semaines » Et le film commence. Je devrait peut être envoyer cette histoire à ceux qui vont en faire un nouveau film.
Justement, à ce propos, que pensez vous de toute cette vague de reboot, non plus de remake ? Est ce une incapacité à trouver des histoires originales ? D’autre part ces reboot sont tous sur des succès des années 80, l’époque à laquelle vous avez émergé. Cette période avait elle quelque chose de particulier ?
Vous savez, les studios tels qu’ils existent aujourd’hui ne correspondent plus à l’image que nous pouvions en avoir quand j’ai commencé. Tout ça est terminé. Ce sont des branches appartenant à des compagnies énormes et les personnes qui s’en trouve à la tête, n’ont jamais ni tourné un film, écrit ou produit. Ils n’ont aucun rapport avec le cinéma et n’y connaissent rien. Donc c’est plus facile de faire des reboot et en plus on peut s’en décharger très facilement. Si le film est un échec, on peut rejeter la faute sur le réalisateur en lui disant : « C’est de ta faute, car l’original était un succès, c’est donc de ta faute si celui ci n’a pas marché ». Il faut bien comprendre que les studios sont comme…des supermarchés. Je ne sais pas si c’est la même chose chez vous, mais aux USA, les supermarchés ne vendent pas de nourriture, mais du linéaire. Ils vendent de l’espace de vente pour les produits, peut importe leur qualité et ils seront toujours payés. Si le produit ne se vend pas, ils ne payent pas le fournisseur. Un studio de cinéma c’est pareil. Croyez moi, même en cas d’insuccès, le studio sera toujours payé. Il y trouvera toujours son compte.
Vous avez tourné avec plein de grands acteurs. Avez vous un acteur préféré avec lequel vous aimeriez tourner ?
Non, je n’ai pas d’acteur favori. J’aime les acteurs. Je les aime tous…même si ce sont des gens à problèmes très souvent. Mais c’est ça le métier de réalisateur aussi, c’est de trouver quels sont ces problèmes et de les aider, faire en sorte que ça fonctionne. Je pense que je suis en bon terme avec tous les acteurs avec lesquels j’ai déjà travaillé…(il réfléchie), j’ai pris beaucoup de plaisir à tourner avec eux.
Deux d’entre eux, Pierce Brosnan et Sean Connery ont joué le rôle de James Bond. Maintenant que la réalisation de la saga n’est plus uniquement réservée à des réalisateurs anglais, aimeriez vous en tourner un épisode ? Et en tant que réalisateur d’action au plus haut niveau, que pensez vous de l’évolution de la saga ?
Il en a été question. Il y a plusieurs années, j’ai été invité au restaurant par « Kubi » Broccoli, sa fille (Barbara) et son gendre. Un agent lui avait dit « Tu devrais voir Mc Tiernan, c’est un bon réalisateur d’action ». J’ai eu une grande discussion formidable avec sa fille et son mari, mais pas avec « Kubi », car au bout de 5 minutes….même 3 minutes, son choix était déjà fait dans sa tête…et c’était non. « Kubi » était quelqu’un d’unique, qui a réussi à avoir la main mise sur la saga. Il l’avait déjà à l’époque de mes études. Je n’ai jamais eu à faire en sorte qu’il ai confiance en moi…alors il ne m’a jamais fait confiance.
Dans chacun de vos films, il y a à un moment ou un autre de l'intrigue la barrière de la langue, une certaine incompréhension entre des personnes parlant des langues différentes mais sans que cela soit une gêne pour l'histoire. Les langues sont elles donc très importantes pour vous ?
J'aime beaucoup cette question sur les langues. J'ai passé beaucoup de temps étant enfant à l'opéra...et je n'en comprenais pas un mot, mais ce n'était pas grave. Si la chanson, le chant est bon, si la façon dont les sons ressortent...peut importe les paroles. Plus tard, à l'université, en regardant des centaines de films avec sous-titres...j'ai arrêté de regarder les sous-titres, et j'écoutais, ca n'a aucune importance de regarder les sous-titres...ok, 1 ou 2 mots de temps en temps, pour rester dans l'intrigue, mais la plupart du temps c'est sans importance. C'est le « son » des personnages qui est important. C'est pour ça que les films doublés sont horribles. Leur « son » est mauvais, car ce n'est pas quelqu'un qui a joué le rôle. Des fois c'est un bon doubleur, acteur qui peut retranscrire le rôle dans une autre langue, mais habituellement c'est très mauvais. J'ai toujours voulu faire des films...j'ai toujours voulu que les gens ne fassent pas attention aux paroles. Oubliez les mots, écoutez juste comment ils sonnent. J'ai toujours essayez de faire en sorte que ce que je tourne s'échappe du scripte, de ce qui est écrit...et devienne un film....et le meilleur moyen que j'ai trouvé c'est d'inclure des personnages qui parlent des langues étrangères et de ne pas mettre de sous-titres...et c'est la que le studio arrive et me demande de mettre des sous-titres, donc on se retrouve toujours avec des mots qui sont stupides et ne veulent rien dire. Le public commence à un peu plus accepter ça, à faire l'effort d'oublier les sous-titres. C'est comme je crois, dans les films de Cameron. Les indiens (les Na'vis d' « Avatar ») ne sont pas sous-titrés, juste les mots les plus importants. Kubrick avait une très bonne façon de gérer ça. Au début de chaque scène, il trouve un moyen de nous raconter ce qui va se passer, pour que l'on profite après. Dans « Barry Lyndon », il y a cette voix qui nous raconte la scène à chaque fois, comme ça plus besoin de se préoccuper des paroles...on peut pleinement apprécier le film et ce que Kubrick veut nous montrer.
Avec le triptyque « Piège de Cristal », « Last Action Hero » et « Une journée en enfer », vous avez redéfini le cinéma d'action. On passe de « Piège de Cristal » qui est filmé de façon très structurée, « Last Action Hero » est la transition vers un cinéma d'action plus épuré dont « Une journée en enfer » en est le parfait exemple. Comment est venue cette différence de style entre ces deux épisodes des « Die Hard » ?
Les différences entre « Piège de cristal » et « Une journée en enfer » ? Ce sont deux histoires différentes. J'ai essayé d'avoir le style qui...en fait j'ai essayé d'avoir le style de chaque histoire que j'ai racontée, pour qu'il corresponde à l'histoire. C'est comme la façon de jouer un morceau de musique…il faut trouver le bon ton, la bonne clé, la bonne sélection des instruments peut-être. Je varie le style en fonction des histoires et c’est pour ça que ces deux films sont assez différents dans la façon dont ils sont tournés. Je vais approfondir. C’est quelque chose que je fais seulement avec le public français, si je le fais avec les américains, ils s’endorment (rire). Dans la littérature, il y a toujours la voix narrative, celle qu’emploi le narrateur. Ce narrateur à un comportement, un sens de l’humour, ou pas, mais cette voix narrative, dans un roman est très importante. Par exemple, avec Hemingway, et tous les auteurs des 30’s, c’est la dureté avec laquelle il raconte l’histoire et donc avec laquelle nous la lisons, qui est à l’origine de la dureté de l’histoire, bien plus que les événements décrits dans l’histoire. Vous voyez ce que je veux dire ? Ok. Et bien les films devraient être pareils, et la 1ère question que vous devez vous poser en commençant à travailler sur un film, la première chose que vous devez faire est de trouver la voix narrative qui correspond pour raconter l’histoire. Pour « Piège de Cristal » le sujet est quand même le terrorisme, ce qui n’est pas franchement amusant et je voulais que le narrateur trouve tout ce qui pouvait rendre cette histoire amusante. Le narrateur s’amuse et doit dire au public « nous vous inquiétez pas, vous allez vous amuser, ca ne sera pas méchant ». Vous voyez comme c’est important ? C’est un élément d’information majeur dans une histoire. C’est l’élément le plus important et il n’apparaît jamais dans le texte.
Quatre de vos films (« Last Action Hero », « Une journée en enfer », « Le 13th Guerrier » et « Rolerball ») ont été remontés. Allez vous y revenir un jour pour sortir votre director’s cut ?
La d’où je viens, il y a une sorte d’ « Alzheimer irlandais » : Vous oubliez tout excepté ce qui ne va pas…je ne crois pas que je reviendrai un jour sur ces films, à essayer de les remonter, merci (rire).
Y a-t-il des réalisateurs qui vous ont inspiré, qui vous ont donné envi de réaliser des films ?
Des réalisateurs...oui, évidement Fellini et Bertolucci...et...c'est quoi son nom déjà « les 100 jours de... » Pasolini ! Et aussi ....., la plupart des gens ne le connaissent pas, mais il a juste une façon magnifique de déplacer sa caméra. Il a fait un film sur un homme qui....il tombe amoureux avec une sorte de sirène, à l'exception qu'elle vient d'une rivière et pas de l'océan. C'est la chose la plus lyrique...vous pouvez couper le son et c'est un film fabuleux, juste la sensation des mouvements, la façon dont il le fait.
Des réalisateurs, comme James Cameron, s'investissent beaucoup dans la 3-D et y voit une sort d'évolution du cinéma. Vous qui avez toujours fait évoluer le cinéma d'action, êtes vous intéressé par cette nouvelle technologie ?
James Cameron a prouvé qu'il pouvait être un prophète précis et pertinent, mais c'est son truc. Son travail est magnifique. Je ne sais pas ce que vous avez pensé d' « Avatar », mais j'ai adoré. Je ne sais pas...(il réfléchie) Non, regardez, ce truc 3-D c'est quelque chose de formidable d'un point de vu...marketing. Faire sortir les gens pour qu'ils aillent au cinéma plutôt qu'ils attendent la sortie DVD, ou le regarder sur leur ordinateur, ou leur téléphone. Rien que pour cette raison, c'est une merveilleuse invention. Mais il y a un autre aspect irréaliste pour les films et la photo. La vision binoculaire. Le champ de vision, et sur n'importe quel type de caméra, même numérique est plat. Notre champ de vision a nous est sphérique. Donc nous avons un champ de vision plus large et plus profond en même temps. C'est une impression photographique du monde qui n'est répliquée par aucune machine. C'est la différence majeure entre tout ce que l'on voit, chaque bout de travail graphique et notre propre expérience. La façon dont j'ai toujours essayé de représenter ça, c'est que les gens ont une sorte de « contrat culturel », excusez moi mais je suis diplômé en anthropologie, qui fait que l’on accepte que ce que l’on voit est « réaliste », alors que ca ne l’est pas. Regardez l’époque où les hommes peignaient sur les murs. Ceux qui étaient peint sur le haut du tableau étaient les plus distant alors que ce n’est pas forcement le cas, mais c’était une convention. J’ai un ami qui travaille sur cette image sphérique, celle que nous voyons « véritablement », cette technologie mettra peut être 50 ans à sortir, mais c’est ce qui sera enfin réaliste.
Où en sont vos projets pour le futur ?
J’en ai quelques un. L’un concerne la période à laquelle Orson Wells est parti au Brésil, peu avant le début de la seconde guerre mondiale. Il ne savait pas à l’époque que ce serait aussi le début de la fin de sa carrière. Le titre serait « Le meurtre d’Orson Wells » L’autre projet est un film que je voulais tourner juste après « A la poursuite d’Octobre Rouge ». C’est l’histoire d’une bataille importante mais peu connue impliquant les indiens. L’histoire apprend une version différente de ce qu’on nous apprend à l’école aux USA sur ce qui c’est passé. Ce n’est pas un film sur les indiens, mais sur les militaires qui y étaient impliqués. Le projet devait se faire, mais un changement à la tête des studios à tout changé. Je ne sais pas quand ces deux projets seront tournés.
Je tiens à vous remercier personnellement pour l’ensemble de vos films.
Conférence retranscrite par Scorpio pour
Abus de Ciné
Remerciement au Public Système